In French: Rapport de Megan Quinn de www.communitysolution.org sur trois récentes conférences

L'économie mondiale va trébucher et s'effondrer quand la production mondiale de pétrole va atteindre son sommet et entrer dans un déclin permanent de pétrole. Ce fut le message délivré à 300 participants de la 4ème conférence sur le déclin du pétrole, à Lisbonne, en mai. 2 semaines plus tard à Cleveland (USA), à la conférence nationale sur l'énergie qui a attiré plus de 800 participants, ni le déclin économique, ni le pic imminent du pétrole n'étaient à l'ordre du jour. Les orateurs se sont fait les défenseurs de leurs propres et quelques fois lointaines, rustines technologiq ues, comme solutions à nos vœux énergétiques. Entre ces deux conférences, il y a eu une réunion de 25 personnes pour un séminaire de formation sur la construction d'économies locales viables à la E.F. Schumacher Society, Great Barrington Massachusetts. La-bas, les participants ont discuté du moyen de se préparer à monde en déclin pétrolier et d'aborder d'autres sujets sociaux à travers le développement économique local, les monnaies locales et les groupements de terres communautaires.

" Nous avons commencé la formation en imaginant un système économique basé sur les valeurs de coopération, de distribution égale des richesses, l’aide mutuelle, la responsabilité écologique, le devoir social, le respect pour les différences culturelles, à taille humaine, et la production et consommation locale " dit Susan Witt, directrice de la Schumacher Society. A la conférence de Lisbonne, un tel sujet économique a été annoncé comme un moyen de faire face à cette ère nouvelle d’un pétrole rare et cher.

Le 4ème atelier sur le déclin pétrolier était présenté par l'association pour l'étude du pic pétrolier (ASPO), un groupe de scientifiques et savants européens. Une grande variété d'intervenants qui comprenait des géologues pétroliers, des analystes de l'industrie pétrolière, des scientifiques universitaires, des banquiers investisseurs, des membres de gouvernements et des parlementaires en fonction et sans mandat.

Dans son discours d'introduction, le fondateur de l'ASPO, le géologue pétrolier Colin Campbell a dit " Nous sommes à la fin de la première moitié de l'age du pétrole. Nous avons commencé à en manquer dès le premier baril, et le dernier baril se trouve loin dans le futur. Mais la production commence à décliner quand la moitié est épuisée et c'est le sujet du jour. " Campbell a expliqué que le déclin de l'énergie équivaut au déclin de l'économie car la croissance économique est bâtie sur des ressources énergétiques bon marché et abondantes.

La position de Campbell fut ré pétée tout au long des deux jours de la conférence. Manuel Collares-Perreira, un physicien de l'université de Lisbonne, a fait ressortir que la fin du pétrole pas cher signifie la fin de l'économie mondiale telle que nous la connaissons, et le début de la démondialisation. Charles Hall et Robert Ayes, tous deux scientifiques, ont analysé les fondations de la croissance économique et ont signalé qu’un système basé sur des réalités biophysiques était dépendant de l’énergie.

Mais quand se produira ce pic pétrolier ? Le scientifique de la NASA Marcel Schoppers, a étudié l'incertitude des différents modèles, et en fin de compte le situe vers 2009, avec plus ou moins 6 ans d'écart. D'autres conférenciers l'ont situé en 2007. Le consensus général était que le pic est immine nt.

Afin de déterminer la date, l'organisation a pris en compte la vitesse du déclin des pays qui avaient déjà atteint le pic, les prévisions des pics de productions imminents et la demande mondiale. La production des Etats Unis a atteint son pic en 1970 à un rythme de plus de 9,4 millions de barils par jour et n'a pas cessé de baisser depuis. La production des pays comme la Grande Bretagne, l'Indonésie et le Venezuela, baisse de 7 à 9%. La production pétrolière Russe, qui représentait entre 50 et 95% de la croissance non-OPEC dans la période 2001 à 2004, est maintenant ralentie. Et pendant ce temps, la demande mondiale de pétrole monte en flèche.

Beaucoup de présentateurs ont mentionné l'appétit grandissant en pétrole des pays en voie de développement, spécialement la Chine et l'Inde. L'année dernière, la demande mondiale de pétrole était de 3,5% avec une d'augmentation moyenne de + 1 à 2% par an. Cette nouvelle demande pourrait avoir l'effet de rapprocher le pic pétrolier.

De plus, des pays comme l'Arabie Saoudite pourraient ne pas avoir les réserves abondantes que leurs gouvernements ont fréquemment prétendu avoir. Deux présentations ont révélé l'incertitude pour l'Arabie Saoudite de continuer à maintenir de tels niveaux élevés de production. Avec un quart des réserves mondiales restantes et e n tant qu’unique pays avec une capacité de production supplémentaire disponible, l'Arabie Saoudite est le point d'appui sur lequel repose la production de pétrole et l'économie mondiale.

Jack Zagar, un consultant pétrolier du Colorado, a affirmé que la compagnie d'état saoudienne Saudi Aramco, a surestimé ses réserves et ses derniers taux de récupération. Il doute qu'ils puissent augmenter la production pour faire face à la demande mondiale en augmentation, comme l'a promis le Prince Saoudien Abdallâh au Président Bush le mois dernier.

Mattew Simmons, un banquier qui investit dans le pétrole, conseiller du président Bush sur les problèmes énergétiques durant sa campagne en l'an 2000, a donné une prévision sombre sur la future production Saoudienne. Il a dit que les 5 puits très développés qui produisent 90% du pétrole Saoudien portent un risque d'effondrement imprévu de leur production. Simmons a expliqué que ces puits sont surexploités avec des injections d'eau de mer et de vapeur afin de maintenir leurs niveaux de production. Il vient juste de publier un livre " crépuscule dans le désert - le prochain choc pétrolier Saoudien et l'économie mondiale " qui se focalise sur ce sujet fort préoccupant.

Le pétrole n'est pas renouvelable et il va diminue r " a continué Simmons. " Découvrir la date de son déclin est la seule question sans réponse. Les estimations de l'Association pour l'étude du pétrole (ASPO) sont souvent jugées pessimistes par les gouvernements et les compagnies pétrolières. Bien que d'autres dans ces secteurs, commencent à reconnaître l'imminence d'un pic de production.

T. Bonne Pickens, ancien président de Mesa Petroleum, a dit le mois dernier " Le pétrole mondial représente 84 millions de barils par jour. Je ne crois pas que nous puissions dépasser les 84 millions de barils. " Le sénateur républicain Roscoe Bartlett a fait quatre discours à la chambre des représentants du congrès américain sur le pic pétrolier. A la conférence de l'ASPO, des membres de gouvernements en foncti on et sans mandat étaient assis à une place spéciale. En faisaient parti, un ancien gouverneur canadien, un ancien ministre anglais de l'environnement, un député suisse et un de France.

Edward Schreyer, l'ancien gouverneur canadien, a dit " le déclin pétrolier est maintenant connu du public " un sentiment partagé par plusieurs membres de l'ASPO. Ce n'était pas tant prédire la date exacte du pic pétrolier qui était le sujet de la conférence de cette année, mais bien plus les discussions sur ses implications et les alternatives à trouver. " Le mouvement est en train d'évoluer " a expliqué Colin Campbell dans son discours final. " Le sujet du pic pétrolier est connu et les médias en parlent " a ajouté Campbell. " ce n'est pas le pic qui est si important, mais bien plus le long déclin qui s'en suit "

Cependant, à la conférence nationale sur l'énergie à Cleveland le 2 juin, les sujets du pic pétrolier et du déclin économique n'ont pas été abordés. Les présentateurs ont vanté le rôle de la technologie, des forces économiques, et des dollars de recherche supplémentaires pour faire de l'hydrogène, du charbon propre, du nucléaire et des piles à combustible, viables dans le futur et donc la solution à nos problèmes énergétiques.

" L'énergie, une perspective pour le 21ème siècle " était sponsorisée par l'Académie nationale d'engineering et comprenait des présentations du Gouverneur de l'Ohio Bob Taft, un scientifique de haut rang de BP et un directeur du ministère de l'énergie. Contrastant avec le ton d'urgence et de péril de l'ASPO, l'humeur était gaie et enjouée, pour que le public soit rassuré que ces scientifiques pourraient résoudre tous leurs problèmes énergétiques.

Les défis majeurs identifiés incluaient la menace d'un changement climatique mondial, le besoin de croissance rapide dans les pays en voie de développement, et la dépendance au pétrole venu de l'étranger. Paul Portney, président de " Ressources pour le Futur " un groupe de réflexion de Washington, a aussi insisté sur le fait que les Etats Unis se sont construits grâce à une énergie bon marché, et que tout, depuis nos voitures, nos maisons et la distance à laquelle nous vivons de notre lieu de travail était basé sur ce modèle. Bien que le pic pétrolier fut abordé par deux conférenciers, il fut jugé pessimiste et rapidement abandonné.

Les présentateurs ont admis que leurs solutions proposées prendraient des années, voir des dizaines d'années avant de devenir une part significative de notre fourniture énergétique. Le professeur Joan Ogden, de l'Université Davis de Californie, a fait remarquer que cela prendrait de 30 à 70 ans pour se convertir à de nouvelles infrastructures de transport et qu'il était nécessaire de faire évolu er la technologie à hydrogène avant de voir les premières commercialisations disponibles. Le Dr Roger McKain de l'Ohio Fuel Cell Coalition, a dit que le prix des piles à combustible devait être réduit de manière importante, pour qu'elles puissent devenir répandues. L'avocat du nucléaire le Dr Lawrence Papay, qui était sceptique quant à la possibilité d'avoir un stockage des déchets garanti pendant 10 000 ans, a montré le long processus de recherche, de conception et de construction d'une nouvelle race de réacteurs qui pourrait retraiter le combustible usé pour éviter de tels déchets.

Alors que continue la réflexion économique conventionnelle à ce type de conférence, la E.F. Schumacher Society est en train de créer un nouveau modèle économique basé sur la démondialisation et la revitalisation communautaire. La Schumacher Society, qui tire son nom de l'auteur de " Ce qui est petit est beau: l'économie à taille humaine " (Small is beautiful : economics as if people mattered), organise des séminaires annuels sur ces sujets, avec une focalisation sur la formation aux initiatives locales par les dirigeants de communautés.

Les participants au séminaire de cette année ont découvert les stratégies de conduites citoyennes à succès, la terre et la communauté, et comment les communautés peuvent regagner de leur pouvoir économique et créer des économies locales énergiques. Michael Shuman, auteur de " faire local : création de communautés indépendantes dans un age mondial " (Goi ng local : Creating self-reliant communities in a global age) a analysé les zones de fuite de capitaux dans les économies locales et a décrit les méthodes mises en place et à venir, pour stopper ces fuites, créer un " remplacement des importations " et développer des économies locales fortes.

Bien que le pic pétrolier ne soit pas au premier plan du message de la Schumacher Society, ils partagent bien sûr, avec le groupe " Community Solution " une vision commune pour le futur d'un monde plus juste et équitable de petites communautés locales.

Plusieurs présentateurs de l'ASPO partagent aussi cette vision. Collares-Perreira, le physicien de l'université de Lisbonne a décrit les avantages d'une ère post pétrole " plus de temps, de loisir, de culture, d'air propre, et moins de stress. " Campbell, le fondateur de ASPO, a noté quelques filons à exploiter de la crise du pic pétrolier, comme des gens " qui redécouvriront la vie rurale, le régionalisme, la diversité et les marchés locaux, arriver à vivre en meilleure harmonie avec eux-mêmes, avec les autres et avec l'environnement dans lequel la nature les a destiné à vivre. "

Megan Quinn est directrice de The Community Solution, un programme de Community service inc. , une orga nisation à but non lucratif de Yellow Spring dans l'Ohio. Quinn peut être jointe à megan@communitysolution.org